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La Maison de la philo

mercredi 27 novembre 2019
La Maison de la philo © Ville de Romainville

La Maison de la philo.

Du mar au sam de 14 h à 18 h. 28, av. Paul-Vaillant-Couturier, Romainville (93). M° Mairie-des-Lilas, puis bus 129. Tél. : 01 71 86 60 20.

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A Romainville, tous les enfants font de la philo à l’école. Et à la Maison de la philo, ouverte à tous, toute la semaine, on peut participer au rendez-vous des petits philosophes un samedi par mois, à des ateliers intergénérationnels, à des rencontres, et aussi consulter des tas de livres… Vivement que d’autres villes suivent l’exemple !

« On se transforme en philosophe », annonce Johanna Hawken en fermant les yeux en même temps que les élèves de CM2 rassemblés à la porte de la salle pour leur séance de philo hebdomadaire. « On respire, on se calme à l’intérieur comme à l’extérieur. Et quand on se sent calme, on lève la main. » Ce matin-là, la séance met un peu plus de temps à démarrer, les vacances sont passées par là. Le protocole aide à se remémorer les règles du jeu. Tous les enfants sont assis en cercle. Au centre, on découvre un tapis avec dessus la lettre grecque « phi », symbole de la philosophie. « Nous sommes tous égaux, personne n’est devant ou derrière, nous sommes tous à la même distance de la philosophie », explique la jeune femme à l’origine de l’engagement de la ville de Romainville dans cette aventure de l’esprit.

Le triangle qu’elle fait sonner permet de convoquer l’attention des petits participants de la « classe idée » et le bâton de parole qui circule de main en main rappelle l’importance de s’écouter. « C’est quoi pour vous la philosophie? » lance-t-elle, suivi d’une sorte de sésame, « 1, 2, 3, penser ! ». Chacun se concentre alors et cherche ce qu’il a à dire. « On apprend à parler ensemble », tente l’une, « ce sont des questions que même les hommes préhistoriques se posaient déjà », renchérit une gamine à petites nattes, « la philosophie, c’est des questions pour tout le monde », ajoute le camarade d’à côté…

Au menu du jour : les émotions. Les sujets ont été décidés par tous lors de la première séance en octobre. « Ce sont eux qui amènent le contenu », précise Johanna, qui se dit là pour « faciliter » la pratique de la pensée. « Je les pousse à penser, ils sont acteurs. Ce n’est pas un enseignement, je ne suis pas en train de transmettre. Et pourtant ils apprennent des choses. Aujourd’hui, ils savent ce qu’est un concept, ils apprennent à dialoguer. » Son parcours à Romainville a commencé il y a dix ans, par hasard, par un atelier dans un centre social alors qu’elle était encore étudiante. De fil en aiguille, elle a essaimé dans des centres de loisirs, à la médiathèque, à la maison de retraite, au cinéma, etc. Cette expérience de terrain a nourri son sujet de thèse et lui a permis d’affiner son approche, ce qu’elle nomme « l’éclosion conceptuelle » : « On part du concept et on l’ouvre: par exemple la liberté, qu’est-ce que c’est ? On pose une première question qui en entraîne une autre, et ainsi de suite. » En 2014, son doctorat en poche, elle propose à la ville de continuer. La Maison de la philo, qui ouvre trois ans plus tard, compte aujourd’hui quatre salariées. Installé dans le pavillon récemment restauré, le lieu accueille le public du mardi au samedi pour des ateliers gratuits et propose aussi des formations qui ont déjà bénéficié à 85 personnes, dont une majorité d’enseignants.

Johanna Hawken, qui partage son temps entre Romainville et son travail d’enseignante-chercheuse en université à Amiens, Créteil et Nantes, revendique la dimension militante du projet, notamment dans les écoles classées REP (réseau éducation prioritaire), où certains élèves vivent des situations difficiles. « C’est un pari. C’est hyper important que ce soit accessible à tous. Je pars du principe que tous les enfants peuvent philosopher. »

Est-il possible de mesurer les effets de la philo dès le plus jeune âge à l’échelle d’une ville ? « Est-ce que ça a diminué la violence? Amélioré le vivre-ensemble? En tout cas, ils ont une expérience du dialogue. Au début ils essayaient de vaincre avec leurs arguments, aujourd’hui ils ont compris que ce n’est pas grave de ne pas être d’accord, qu’on peut discuter malgré les différences. » Et, surtout, la jeune femme note qu’à la cinquième séance, déjà, pratiquement tous les élèves prennent la parole d’eux-mêmes. « Au niveau de l’estime de soi, c’est énorme. Ils savent penser le monde, ça les valorise. »

M.B


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