Au bout de ma langue
Comment quitter sa langue pour une autre, sans se perdre en route.
C’est une sorte de choc des cultures ! et c’est Taym qui raconte. Arrivé en France à l’âge de 9 ans, avec son père et sa mère, le garçon se sent agressé par le français, cette langue qu’il ne comprend pas et qui fait comme du bruit à ses oreilles. A l’école, dans la rue, partout du français, et cela l’épuise. Il ne rêve que de retrouver le cocon de sa langue maternelle, l’arabe du pays qu’il a fui. Il se bloque et bientôt se réfugie dans le silence…
Porté avec fraîcheur et délicatesse par l’acteur et danseur d’origine palestinienne Omar Salem, et mis en scène par Tal Reuveny, Au bout de ma langue, écrit par Simon Grangeat traduit avec beaucoup de justesse le traumatisme que peut constituer le passage subi d’une langue à l’autre et la perte des racines pour les exilés, surtout pour les enfants qui ne sont jamais maîtres de leur sort.
Une pièce pour une mairie
L’auteur a rencontré de nombreuses personnes exilées pour écrire cette pièce sensible, en réponse à une commande du dispositif 4X4, imaginé par les Tréteaux de France, qui met en relation un metteur en scène et un auteur pour un lieu non théâtral. C’est pour l’espace symbolique de la mairie que Grangeat a imaginé cette histoire de jeune homme qui se présentant, à 18 ans, pour demander sa première carte d’identité, se souvient de sa difficile intégration… Une expérience qui a aussitôt fait écho au parcours personnel de Tal Reveuny, metteuse en scène israélienne débarquée en France, il y a dix ans, sans parler un mot.
Le rapport au public est des plus directs et des plus simples : yeux plantés dans ceux des spectateurs, le jeune acteur, vêtu street wear comme n’importe quel collégien, raconte avec un réalisme qui nous touche immédiatement.
Sur scène, très peu d’objets, hormis un magnétophone offert par son professeur avec lequel l’enfant enregistre les chansons poèmes en arabe de son père, la voix de sa grand-mère restée au pays lorsqu’elle téléphone. Et ces archives sonores apportent une réelle et touchante épaisseur à son témoignage.
La place de l’école
L’isolement, le rapport à l’autre, les difficultés des parents, la perte d’identité, la peur de l’effacement, la conciliation de la culture d’origine avec celle d’adoption, la place de l’école dans le parcours d’intégration, le rôle de l’amitié… Au bout de ma langue en dit beaucoup derrière une apparente simplicité.
Le texte est parsemé de phrases en arabe non traduites, proposant ainsi à ceux qui ne comprennent pas cette langue de vivre la même expérience d’étrangeté que Taym – et un intéressant décalage dans la salle entre les spectateurs qui comprennent et ceux qui ne comprennent pas…
Maïa Bouteillet
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Au bout de ma langue
A partir de 9 ans
Le 18 avril au Lavoir moderne parisien
Le 22 avril à la mairie du 18e arrondissement
dans le cadre du festival Lavoir moderne en famille.
© Christophe Raynaud de Lage
Lavoir Moderne Parisien
35 Rue Léon
75018 Paris