L’Affaire L.EX.Π.RE
Théâtre et cinéma d’un même élan : revoilà la magistrale Cordonnerie.
Prononcez « elle expire » comme dans le Phèdre de Racine et précipitez-vous… Evidemment, le Théâtre de la Ville affiche complet mais ne surtout pas se décourager : des places se libèrent toujours au dernier moment et, vraiment, cette nouvelle création vaut bien de poireauter un peu sur liste d’attente…
Rappelons, pour celles et ceux qui auraient loupé les précédents spectacles, que la Cordonnerie est cette compagnie singulière qui a inventé le ciné-spectacle combinant film et théâtre tout ensemble. Artistes et bricoleurs aux nombreux talents, Métilde Weyergans, Samuel Hercule et leur fabuleuse équipe (Timothée Jolly et Mathieu Ogier pour la partition musicale) créent la musique, les dialogues et les bruitages en live dans une impressionnante synchronisation avec le film qui apparaît à l’écran.
Phèdre, en mode polar
Passé maître dans l’art de dénicher (aux puces) les objets parfaits pour produire la bande-son, le duo aiguise au mieux nos sens à travers un dialogue entre les arts des plus réussis. Leur jeu d’acteurs, la qualité de leurs images et de leurs scénarios attirent irrémédiablement nos regards, en même temps qu’on est fascinés à les regarder faire sur scène.
Après avoir adapté des contes (Ali Baba, la Barbe bleue, Hansel et Gretel, Blanche Neige…), puis Shakespeare, Cervantès, H.G.Wells, portant ainsi toujours de biais un regard sur notre époque, les voilà qui se penchent sur la tragédie de Racine. Phèdre donc, en mode polar, où les vers classiques trouvent de surprenantes interprétations — ainsi des deux malfrats dans un bar.
Deux personnages en parallèle
Et pour ce faire, ils ont imaginé un dispositif scénique des plus régalant (ne dévoilons pas trop !) où l’on suit deux personnages dans leur vie de solitude : d’un côté le triste Max, homme de l’ombre et de coups bas, de l’autre Natacha, comédienne, prisonnière d’une trop lourde tragédie intérieure. Tout semble les opposer et pourtant, au fil d’un intense suspens, les voilà réunis par un improbable et trépidant scénario.
Le tout savamment pensé et interprété, livrant au passage un hommage, mi-amusé mi-amoureux, au théâtre avec un grand T. La séquence de maquillage, avec cet œil noirci et insondable, ne rappelle-t-elle pas ces images de grandes tragédiennes qui émaillent l’histoire du théâtre ?
Ingénieux au possible, encore plus complexe qu’à l’accoutumée, le dispositif n’empêche en rien les émotions. Comme chez Racine, on frémit, on se passionne, on retient son souffle.
Maïa Bouteillet
______________
L’Affaire L.EX.Π.RE
A partir de 12 ans
Jusqu’au 7 février
Théâtre de la Ville – Sarah Bernardt
© Sébastien Dumas
Théâtre de la Ville — Sarah Bernhardt
1 Avenue Gabriel
75008 Paris