Mathieu au milieu
Accepter l’autre, la différence, la diversité, s’apprend dès le plus âge.
« Ma petite merveille » : les mots que la mère de Mathieu utilise pour parler de son fils, le comblent de joie. Certes, le garçon vit sur une île coupée en deux où la plupart des gens n’aiment pas ceux qui vivent de l’autre côté, mais dans sa famille, avec Elio, son grand frère aux longs cheveux, et sa mère tant aimée, il est heureux. Jusqu’au jour où, le ventre maternel s’étant passablement arrondi, débarque Bébé. « Nouvelle merveille », qui désormais accapare toute l’attention et précipite Mathieu dans des idées noires corbeau…
Mathieu au milieu, nouvelle et fructueuse collaboration entre l’auteur Antonio Carmona et le metteur en scène Olivier Letellier, qui s’adresse aux enfants dès la maternelle, décrypte le sentiment bien connu de jalousie fraternelle mais pousse aussi la question plus loin, sur un autre terrain. Celui du rapport à l’autre, au monde, à l’étranger. Cette question affleure dans la langue et l’accent d’Adalberto Fernandez-Torres, le circassien contorsionniste qui partage le plateau avec l’acteur Jérôme Fauvel et endosse la plupart des rôles autres que celui de Mathieu. Elle ressurgit plus tard dans le sillage de petits bateaux colorés…
Un duo corps et mots
Déployé sur le mode du conte dans un rapport au public resserré – et au centre de petits gradins construits tout exprès pour accueillir les petits spectateurs- le spectacle questionne la complémentarité dès le départ à travers le duo corps et mots, les deux langues et les deux manières de traduire l’histoire.
Raconté à hauteur d’enfant, et décliné sur plusieurs niveaux de lecture, ce récit à la fois simple et subtile offre des moments plein de drôleries mais aussi une scène confinant au fantastique, qui déclenche les rires mais aussi juste ce qu’il faut de peur pour apprécier le retour à la raison.
Les gestes du contorsionniste, qui tire le meilleur profit du praticable, amènent à la fois distance et étrangeté, tout en incarnant le grand chamboule-tout des émotions. La présence fascinante du circassien crée aussi une connivence immédiate avec les petits qui peuvent se reconnaître dans ce corps élastique. Un corps qui nous invite aussi à déplacer notre regard, à nous ouvrir au monde.
Maïa Bouteillet
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Mathieu au milieu
A partir de 5 ans
Le 30 mai au théâtre Jean-François Voguet, de Fontenay-sous-Bois
Dans le cadre du festival l’Île de France fête le théâtre
Du 23 au 26 juillet à Draveil, du 31 juillet au 3 août à Cergy
© Christophe Raynaud de Lage
Théâtre Jean-François Voguet
18 Allée Maxime Gorki
94120 Fontenay-sous-Bois