Ne pas finir comme Roméo et Juliette

Jusqu'au 9 octobre 2021 ,
à 19h30

À partir de 12 ans

Spectacle

Le retour tant attendu de La Cordonnerie avec une grande histoire d’amour.

Compagnie de ciné-spectacles dont on ne raterait les créations sous aucun prétexte, La Cordonnerie, depuis ses débuts, travaille à extraire des textes du patrimoine littéraire commun (contes de Grimm, Don quichotte, pièces de Shakespeare) pour les déporter sur le terrain de notre monde contemporain. C’est dans l’écart finement creusé de l’un à l’autre, que le duo, formé par Métilde Weyergans et Samuel Hercule, œuvre à une parole singulière.

Qu’ont-ils à nous dire cette fois sur Roméo et Juliette ? Les ados déchaînés par la version avec Leonardo di Caprio en seront pour leurs frais. Il y a certes deux êtres qui s’aiment et deux mondes qui s’ignorent mais il y a surtout des invisibles tenus à distance par des chiens, de l’autre côté d’un pont équipé de caméras de surveillance.

Il y aussi la mer, le port du Havre, des porte-containers, un chat nommé Othello et d’autres signes comme autant de petits cailloux blancs dans cette fable sociale et politique qui puise également à L’Homme invisible de H.G Wells. Privés de visage, d’identités, semblables à de grosses poupées en série, les êtres masqués pourraient aussi rappeler dans leur apparence clando les rebelles du Chiapas.

Dans cette vie de reclus, il y a soudain la sportive Romy qui refuse le sort qui lui est assigné et s’aventure de l’autre côté. Elle y rencontre Pierre, écrivain solitaire qui n’y voit goutte sans ses lunettes, mais peu importe puisque, comme le dit Saint-Exupéry, « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». La scène du balcon, c’est elle qui la mène.

Comme toujours dans les spectacles de ce prolixe duo d’acteurs, auteurs, metteurs en scène réalisateurs, qui s’appuie sur une solide équipe de cinéma, les images sont magnifiques, la musique, composée par l’autre pilier de la compagnie, Thimothée Jolly (et Mathieu Ogier), nous emporte dans l’aventure.

Plus sobre, sur le plan des objets et du bricolage au plateau, cette création est peut-être aussi la plus triste, la plus sombre. Depuis leur magnifique Don Quichotte, on les sent moins joueurs, davantage traversés par la dureté du monde.

Romy et Pierre finissent-ils comme Roméo et Juliette ? L’esprit de Shakespeare est-il là ? Il suffit d’une fenêtre entrouverte, d’un souffle de vent, pour que s’engouffre l’imaginaire. Fantastique !

 

Maïa Bouteillet

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Ne pas finir comme Roméo et Juliette

Jusqu’au 9 octobre à 19h30

Gratuit pour les moins de 14 ans.

© La Cordonnerie