Quartier libre, c’est une cuisine commune pour promouvoir le bien-manger et le partage à la Goutte-d’Or.

La Soupe aux cailloux : c’est par cet événement de rue inspiré d’un conte ancestral que les membres du collectif 4C (Collectif café cuisine culture), la plupart parents d’élèves d’enfants scolarisés à la Goutte-d’Or, ont démarré leurs activités conviviales dans le quartier. Imaginée selon le principe du « don contre don » — « apportez un légume, repartez avec une soupe» —, la recette a permis de tisser des liens et de faire avancer le projet d’une cuisine commune ouverte à tous les habitants. Longuement mûri par ses concepteurs et inauguré en septembre dernier, à deux pas du centre Barbara de la Goutte-d’Or, Quartier libre affiche un joli menu.

Cantine les jeudis et vendredis midi (et bientôt les mercredis), c’est aussi un lieu où les habitants ne disposant pas de cuisine peuvent venir mitonner ensemble. « Cela concerne par exemple des personnes qui vivent en foyer ou à l’hôtel, des étudiants, ou simplement des gens qui sont seuls. Ensemble, c’est plus facile, plus motivant que tout seul chez soi, on échange des recettes, des savoir-faire et on gagne en pouvoir d’achat puisqu’on fait les courses ensemble », explique Séverine Helleringer, l’une des chevilles ouvrières de Quartier libre. Deux fois par mois, place au chef d’un jour « pour les habitants qui veulent transmettre un plat qu’ils maîtrisent bien. Ça fonctionne, les gens sont curieux de découvrir de nouvelles recettes et c’est hyper gratifiant pour celui qui se lance ».

Nous avons lancé le projet, maintenant on invite vraiment tout le monde à investir le lieu, à faire des propositions.

Séverine Helleringer

C’est aussi un vrai laboratoire où de jeunes traiteurs ou pâtissiers en démarrage d’activité peuvent se faire la main sur un équipement aux normes. Dans la petite cour, un jardin prend forme grâce au concours de plusieurs voisins. Sur la mezzanine, un coin lecture avec bouquins de cuisine et
albums pour enfants. Un samedi par mois, des ateliers animés par le cuistot maison pour apprendre à faire soi-même, par exemple la pâte feuilletée, brisée, sablée, etc. Manque encore l’activité café associatif, avis aux amateurs : « Nous avons lancé le projet, mais maintenant on invite vraiment tout le monde à investir le lieu, à faire des propositions, comme par exemple cette habitante qui voulait montrer ses réalisations en broderie et qui a créé un atelier gratuit, ouvert à tous », adultes comme enfants (le mercredi tous les quinze jours, à 15 heures).

La figure du lieu, comme du quartier, c’est Hélène Tavera. Habitante de la Goutte-d’Or depuis plus de vingt ans et cofondatrice du collectif, c’est une véritable passionnée de culture culinaire, une spécialiste des cuisines du Maghreb et de l’Afrique et la première salariée de Quartier libre. Avec l’Institut des cultures d’islam, elle est à l’origine des visites gustatives à la Goutte-d’Or, qui offrent un véritable voyage à travers les cultures et remportent un franc succès. Son indécrochable sourire en témoigne, Hélène Tavera croit fortement aux vertus sociales voire thérapeutiques de la tambouille. Elle n’est pas la seule : Quartier libre compte parmi les nouveaux lauréats des Trophées de l’économie sociale et solidaire de la Ville de Paris.

Maïa Bouteillet

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Quartier libre.

9-11, rue de la Charbonnière, Paris XVIIIe. M° Barbès.

Tél. : 09 87 58 39 83.