Interview d’Elisabeth Jouanne

Tout public

entretien

Auteure du manuel 100% Yoga des petits, Elisabeth Jouanne, qui tient aussi la chronique relaxation dans Pomme d'Api, met tous les jours sa méthode en pratique avec ses élèves de maternelles.

Je symbolise le corps pas la maison

Elisabeth Jouanne

Qu’est-ce qui vous a amenée à pratiquer le yoga à l’école ?

J’enseigne depuis trente-trois ans. C’est un métier qui rend nerveux, je me suis donc mise au yoga pour aborder cette profession avec plus de tranquillité. Puis j’ai découvert  l’association RYE (Recherche pour le yoga dans l’éducation) dont j’ai suivi la formation, ça m’a passionnée. Ensuite, je me suis formée auprès de la Fédération française de hatha yoga et j’ai pu suivre l’enseignement de Sri Mahesh de son vivant. Il est le premier Indien à s’être installé en France pour enseigner le yoga, un sacré personnage ! L’Education nationale commence à peine à s’ouvrir à ces pratiques. La RYE n’a été reconnue qu’en 2014, ça fait des années que j’essaie d’obtenir un poste de relaxologue itinérante, mais ce n’est pas gagné.

 

Comment ça se passe concrètement dans la classe, avec vos élèves ?

Je travaille avec des enfants de petite et de moyenne section. Après l’accueil, et un court temps de jeu, on se rassemble dans le coin regroupement où j’ai supprimé les bancs et installé des tapis. Là, je les fais asseoir en tailleur pour une petite pratique de cinq à dix minutes de respirations et d’étirements. Une fois qu’ils sont bien assis, je leur propose de mettre leurs mains comme s’ils tenaient un petit oiseau tombé du nid, ce qui est exactement la posture de relaxation bouddhique – je ne le leur dis pas comme ça, évidemment, ni aux parents, pour ne pas les effrayer. Ça leur permet d’avoir le dos bien droit et les épaules détendues. Chaque jour, j’adapte selon les besoins : souvent, le lundi matin, ils sont un peu endormis, il faut davantage tonifier ; le vendredi, ils sont excités, il faut alors plutôt relaxer…

 

Quels sont les bénéfices ?

Avant tout, ça permet d’évacuer le stress, certains arrivent à l’école déjà fatigués, stressés. Pendant les mois de novembre et décembre, la tension était évidente. Certains parents  essayaient de leur cacher les événements, mais les enfants sentent tout, ils étaient perturbés sans savoir pourquoi… Je symbolise toujours le corps par la maison, je leur dis : « On peut avoir la maison de papa et la maison de maman, mais notre maison à nous, c’est notre corps, c’est pour toute la vie, il faut en prendre soin. » J’inclus la notion de douceur par des automassages. Toujours en tailleur, on commence par une respiration ventrale, puis on penche la tête sur le côté et on va faire un câlin à l’épaule droite, je leur fais dire : « Je suis doux avec moi-même » ; puis un câlin à l’épaule gauche : « Je suis doux avec les autres. » Au passage, ça détend les cervicales. Je leur apprends à trouver de la douceur en eux, ça les rend plus autonomes. Pendant une période, on fait ça tous les matins pour qu’ils puissent l’intégrer à l’intérieur d’eux-mêmes. Après, il peut y avoir la « toilette du petit chat », je leur dis : « On va nettoyer notre maison pour être ouverts aux apprentissages. » Le yoga est une technique qui les met au présent, ça améliore leur concentration et leur motivation. Ça décuple leur envie d’apprendre !

Propos recueillis par Maïa Bouteillet