Protéger les droits des enfants

Tout public

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Contre les violences faites aux enfants, il y a des recours. C’est justement ce que propose ce dossier : des pistes pour réfléchir sur la place des enfants dans la société, défendre leurs droits, les aider à se faire entendre… et, peut-être, changer notre regard.

Consultation nationale 2026 par l’Unicef

Pour les 6-18 ans / Jusqu’au 9 mars 2026 

En lien avec la Convention internationale des droits de l’enfant, l’Unicef organise chaque année une consultation pour les enfants et ados de 6 à 18 ans. 

Le droit à une identité, une famille, une vie privée ; le droit d’être protégé de toute violence et de toute exploitation ; le droit à la santé, à un environnement sain, à donner son avis et à être écouté… Adoptée par l’ONU en 1989, et ratifiée par l’ensemble des pays sauf les Etats-Unis, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) reste pourtant assez méconnue. Pour mieux la faire connaître, l’Unicef organise chaque année, via les écoles, les centres de loisirs ou les associations, une grande consultation auprès des enfants de 6 à 10 ans et des ados de 11 à 18 ans. La thématique change à chaque édition, mais est toujours en lien avec un des articles de la Convention – celle de 2026, qui se clôt le 9 mars, porte sur la santé mentale (sujet qui concerne les articles 6, 24 et 29 de la CIDE), et offre aux enfants la possibilité de décrire comment ils se sentent.

Pour y participer, il suffit de répondre à un questionnaire, soit par le biais d’une structure (mairie, établissements scolaires, associations), soit directement en ligne. Depuis 2013, plus de 120 000 enfants ont déjà donné leur avis, cette consultation ayant pour but de peser sur les politiques publiques afin de faire avancer la cause des enfants. Bref, à vos crayons !

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Les livres de Mai Lan Chapiron

C’est mon corps. A partir de 2 ans. Interdit de me faire mal. A partir de 6 ans. De Mai Lan Chapiron. 10 € chacun.Tes droits et tes besoins comptent. A partir de 8 ans. D’Edouard Durand et Mai Lan Chapiron. 14,90 €. Ed. La Martinière Jeunesse

Une autrice-illustratrice met les points sur les i, pour la défense et le droit des enfants. 

Chanteuse et artiste aux nombreux talents, Mai Lan Chapiron a particulièrement développé l’art de s’adresser aux enfants pour faire valoir leurs droits. Victime d’inceste dans l’enfance, elle est, depuis 2021, l’autrice d’albums devenus aussitôt référence en matière de prévention des violences sexuelles sur les enfants. Pas étonnant : la simplicité des mots et des scènes représentées, l’efficacité du trait et des couleurs et la petite touche d’humour permettent d’engager directement la discussion avec les enfants. S’adressant à eux sans détour, elle a même su trouver la voie pour parler aux plus petits, dès 2 ans. L’autrice intervient d’ailleurs régulièrement dans les écoles, les centres de loisirs et dans divers lieux de vie ; elle y chante aussi, avec son association Mille Miettes, dédiée à la protection de l’enfance.

Après le remarquable C’est mon corps, dont on vous a parlé en 2024, et dont elle a ensuite imaginé une version enrichie pour les plus grands (dès 6 ans), l’artiste a poursuivi avec Interdit de me faire mal sur le même modèle. Toujours entre le mode d’emploi et la revendication : « II y a une règle très simple. On n’a pas le droit de te faire mal : personne n’a le droit. Ni les enfants, ni les adultes, ni même les parents. C’est interdit. » C’est dit et c’est réconfortant tellement c’est clair. Les dessins gais et colorés et la présence d’un petit poussin impertinent façon mascotte apportent encore plus de force au message. Mai Lan Chapiron a signé tout récemment un livre avec le juge Edouard Durand autour des articles de la Convention internationale des droits de l’enfant, Tes droits et tes besoins comptent. Un outil instructif et indispensable, à utiliser sans modération.

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Place aux enfants !

8-16 ans. Vendredi 3 et samedi 4 avril. Gratuit.Théâtre de la Concorde, 1, av. Gabriel, Paris 8e. M° Concorde.

Deux jours pour apprendre à (se) manifester, hissez haut les idées !

Et si, au lieu de penser à la place des enfants, on leur proposait d’inventer de nouvelles formes de débats propices à libérer leur parole ? Telle est l’ambition de Place aux enfants !, nouveau festival des idées, imaginé pour les 8-16 ans, par Patrice Chazottes et Louise Tourret, au Théâtre de la Concorde – un lieu centré sur les questions citoyennes.

Au programme : la pièce Nora s’en va, fruit d’un travail d’enquête, porte sur les droits des enfants et sur les violences exercées à leur encontre. Il s’agit d’un spectacle de théâtre forum qui invite le public à réagir et vise à créer le débat. La représentation sera suivie d’une rencontre avec Dominique Versini, Défenseure des enfants de la Ville de Paris (sous réserve), autour des droits fondamentaux et de la protection de l’enfance. La soirée s’achève avec la projection du film Les 400 Coups, de François Truffaut. Le samedi, on pourra participer à un procès fictif autour de grandes questions éducatives et citoyennes, animé par Louise Tourret. Puis enchaîner avec l’atelier des revendications pour réfléchir à ses doléances et créer sa pancarte.

On finit par une boum avec Les Doigts dans la prise et par un bon goûter. Tout au long de ce festival coprogrammé par Paris Mômes, les enfants pourront accrocher leur message dans l’arbre à revendications et découvrir les créations réalisées dans le cadre du concours lancé par notre magazine, « Imagine ton affiche ».

Le site du théâtre de la Concorde

 

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La Poste des enfants

La nouvelle Défenseure des enfants de la Ville de Paris, Dominique Versini, ouvre un lieu d’information et d’éducation. 

« La priorité, c’est de développer une culture des droits de l’enfant, pour que tous les enfants présents sur le territoire de Paris – quelles que soient l’origine de leurs parents, leur nationalité – connaissent leurs droits fondamentaux et qu’ils sachent à qui s’adresser pour les faire respecter », affirme Dominique Versini. Elle connaît bien le sujet : ancienne adjointe à la protection de l’enfance, nommée Défenseure des enfants de la Ville de Paris, début janvier, elle a été Défenseure des enfants au niveau national, de 2006 à 2011. « Cela veut dire aussi sensibiliser les parents et former tous les professionnels. »

Pour remplir cette mission avec elle, un bataillon de 30 jeunes volontaires des droits (en service civique), formés, écument les écoles et les foyers pour informer les enfants. Ils en ont déjà rencontré 40 000, dans le cadre de la Mission des droits de l’enfant mise en place en 2020. Dans chaque arrondissement, un délégué tiendra une permanence de proximité où pourront se rendre les familles et les enfants.

Un nouveau lieu ouvrira, avant fin mars, dans le local de l’ancienne poste de l’Hôtel de ville : la Poste des enfants. Principalement dédié aux 3-5 ans, mais aussi aux plus grands jusqu’aux ados, ce lieu d’information et d’éducation aux droits proposera des ateliers adaptés pour les enfants et d’autres pour les parents, sur le modèle de ce qui se fait en Suède depuis longtemps. En parallèle, une personne sera chargée de la formation de tous les professionnels qui travaillent au contact des enfants à Paris. Enfin un « pôle défense », chapeauté par une magistrate, emploiera six juristes qui analyseront les signalements et transmettront, si nécessaire, à la justice.

Trois premiers gros chantiers s’annoncent : les récents abus dans les centres de loisirs des écoles primaires ; les enfants à la rue – cofondatrice du Samu social, il y a trente ans, Dominique Versini constate une véritable « banalisation » du phénomène ; et le sort des mineurs étrangers isolés. Nommée pour trois ans, renouvelables une fois, Dominique Versini rendra ses premières recommandations fin février. Paris est la première ville de France à se doter d’une telle institution.

Infos utiles :   

Pour joindre la Défenseure des enfants de la Ville de Paris : defenseurdesenfants@paris.fr.
Autres contacts utiles :
119-Allô enfance en danger, 24h/24, appel anonyme et gratuit
3018, pour le harcèlement
La CRIP (cellule de recueil des informations préoccupantes), présente dans tous les départements de France, transmet au procureur de la République : crip75@paris.fr.

 

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J’ai le droit d’être un enfant

A partir de 7 ans. D’Alain Serres et Aurélia Fronty. Ed. Rue du Monde. 17,50 €.

Un beau livre inspiré par les articles de la Convention internationale des droits de l’enfant, et superbement illustré par Aurélia Fronty. 

Des aplats de couleurs vives, des fleurs géantes, des visages aux yeux insondables : les illustrations d’Aurélia Fronty vibrent à chaque page, comme si le pinceau venait à peine de déposer la peinture sur le papier. Et ce tremblement plein de vie fait ressortir à merveille les mots du texte, qui réécrit avec poésie les différents articles de la Convention des droits de l’enfant.

Un ouvrage à contempler… et à méditer.

 

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Entretien avec Lolita Rivé, journaliste et professeure des écoles

Avec son podcast « Qui c’est qui commande ? », Lolita Rivé nous offre un vertigineux inventaire de l’état des droits des enfants en France.

Vous citez un chiffre : 75% des enfants ne connaissent pas la Convention internationale des droits de l’enfant, ni ce qu’elle contient…

Personne ne connaît les droits des enfants, ni eux ni nous – et nous avons d’ailleurs parfois intérêt à ce qu’ils ne les connaissent pas ! Les droits des enfants, ce n’est pas un sujet de société, on n’en parle pas, ou très peu. Quand on l’évoque, c’est pour parler des enfants dans des pays en guerre, qui vivent dans la peur, qui ne peuvent pas aller à l’école…

Quel a été le déclic pour concevoir ce podcast ? 

Je suis devenue institutrice il y a sept ans, après avoir été journaliste ; et j’ai une petite fille de 4 ans. Malgré mon envie de bien faire, j’avais le sentiment de ne pas parvenir à bien traiter les enfants dans le cadre de mon métier. C’est déjà très dur d’être un parent qui se met à la hauteur des enfants, mais, en tant que prof, cela devient quasiment impossible  : on a 30 élèves devant soi, avec chacun des besoins différents ; et il y a les horaires, les classes surchargées, les moments d’énervement… Je voyais des enfants en souffrance, je me sentais responsable, et en même temps cela m’a poussée à entamer une réflexion sur le système qui engendrait ce mal-être ; sur la place des enfants dans la société ; sur la manière dont on les traite – en interrogeant des chercheurs, et aussi, bien sûr, en interviewant des enfants. 

Pour ces six épisodes d’une quarantaine de minutes, très denses et riches, comment avez-vous procédé ? 

Je ne suis pas toute seule, j’ai une équipe, heureusement ! Nous avons décidé de découper le podcast en épisodes à thème. Je n’avais pas envie de laisser d’angle mort, je voulais que le podcast aide les gens à réfléchir à ces questions et propose des outils. Avec l’objectif à la fois de dresser un constat et de donner des pistes de changement.

J’ai donc enregistré pendant six mois, interviewé des dizaines d’enfants, de nombreux spécialistes. Pour chaque épisode d’une demi-heure ou un peu plus, je crois qu’il y a une bonne trentaine d’heures de rush.

Faire parler les enfants n’était pas simple, car ils n’ont pas du tout l’habitude de donner leur avis, ni qu’on les écoute vraiment. Pourtant, ils ont à nous apprendre, leur vécu est une expertise, leur expérience n’est pas forcément la nôtre. Il a fallu pour cela créer une relation de confiance, notamment quand on a abordé les violences qu’ils avaient pu subir, parce que cela impliquait d’évoquer des adultes qu’ils aiment. Souvent, on minimise ces violences – là encore, l’idée n’est pas que les adultes se flagellent, mais juste de prendre conscience de ce qui se joue. Qu’est-ce qui, dans notre société, nous empêche d’être des adultes respectueux des enfants ? Pourquoi se permet-on de crier sur eux, de les bousculer, de les humilier – ce qu’on ne ferait pas avec nos collègues ?

Et justement, pourquoi, selon vous ?

Une des raisons, à mon avis, c’est le regard qu’on porte sur les enfants : un regard de méfiance, comme s’il fallait les maîtriser, de crainte qu’ils ne prennent le pouvoir. Or les enfants n’ont pas le pouvoir, on décide de tout pour eux. Cette asymétrie est normale, dans la mesure où les enfants ne sont pas autonomes. Mais ce pouvoir que nous avons sur eux nous donne des responsabilités.

Le nerf de la guerre, c’est vraiment de lutter contre les violences faites aux enfants, pas juste de blâmer les méchants parents et les méchants profs. Et pour cela, il faut des moyens : des aides à la parentalité, des formations pour les professeurs. Il faut repenser la place des enfants, leur demander leur avis, changer culturellement le regard sur eux. Mieux on va les traiter, plus ils seront à même de construire cette société dont on rêve tous. Il faut miser sur eux. n

Propos recueillis par Orianne Charpentier

 

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